En hommage a Raymond Rivet au sujet de son plaidoyer patriotique pour l’Universite de Maurice en 1968 au parlement.

Le playdoyer patriotique de  Raymond RIVET pour l’université de Maurice, toujours d’actualité !!

 

Les difficultés que traverse l’université, mon alma mater, me pousse à réfléchir. La déclaration de Raymond RIVET à l’Assemblée Nationale le 28 juin 1968 est une source d’inspiration pour les responsables de l’université de Maurice.

                 

Raymond RIVET, l’homme du moment !

 

Un point d’histoire : un an après sa création, en Mars 1967, l’université de Maurice était dans la tourmente. Trop  « onéreuse », le Chancelier avait  donné sa démission en Février 68 et la tentation était forte de revenir au Collège d’Agriculture, fondé dans les années 1930 et qui jouissait d’une réputation internationale.

 

Or, la flamme de l’émancipation nouvellement acquise par la proclamation de l’indépendance du pays, le  12 Mars 1968, éclairait les intuitions  de plus d’un.

 

C’est dans ce contexte politique, où les ardeurs citoyennes se nourrissaient de convictions fortes, d’ambition et du devoir de relever le défi de l’émancipation nationale que s’éleva la voix de Raymond RIVET.  Le 28 Juin 1968, quoique député de l’opposition, c’est en tant que patriote, libre de son parti, « recherchant avant tout le bien supérieur du pays »,  convaincu que « l’intérêt national droit primer sur toute autre considération » qu’il exposa son nouveau concept d’université au sein de l’assemblée nationale. Dans un plaidoyer historique, il s’appliqua à convaincre l’Assemblée que « l’université  de Maurice est un investissement pour l’avenir du pays». Honneur et gratitude à Raymond RIVET, véritable Samaritain de l’université de Maurice!

 

Sa vision  de l’université

 

Scientifique de formation, homme de raison et d’analyse, Raymond RIVET a eu une  conscience aigüe du rôle de l’université de Maurice, face à son destin. Toutes les grandes nations du monde ont des universités où se forme la jeunesse, l’élite, la relève capable d’assurer la gouvernance du pays. En s’appuyant sur les modèles de grands pays, il a démontré comment l’université contribue à la croissance du pays ainsi qu’à l’émancipation culturelle de ses citoyens.

Son projet  était le fruit d’une réflexion mûre et profonde sur la cause et la nécessité de l’Université de Maurice. Inscrit dans une logique claire et opérationnelle, avec pour unique finalité: le rayonnement souverain du pays, à partir de ses  enjeux spécifiques : offrir aux jeunes, venant de diverses communautés,  un lieu où ils apprendraient à vivre leurs premières expériences d’échanges culturels et de solidarité. L’Université, pour lui, était la plateforme de prédilection pour « rapprocher les Mauriciens des différentes communautés qui étaient appelés à jouer un rôle dans les différentes sphères d’activités de la vie   du pays ».  Formidable vision pour notre pays qui prenait, tout juste,  les rennes de sa destinée ! Aujourd’hui, si le monde entier regarde notre nation arc-en-ciel comme un modèle établi d’harmonie entre ses diverses composantes culturelles, nous le devons en partie  à l’université qui  accueille sans distinction de tous les étudiants Mauriciens. Fédérer les jeunes avec comme socle commun le territoire,  c’est créer les conditions favorables  de la cohésion sociale et garantir les conditions d’un développement durable d’une nation unie et riche de la diversité de ses richesses.

 

Dans un document d’une  trentaine de pages, regroupant huit organigrammes détaillés, Raymond RIVET avait envisagé tous les niveaux de la formation universitaire et professionnelle, des parcours d’études longues et courtes d’une université ancrée dans son territoire et au service de l’emploi au pays. Une œuvre admirable par sa précision et sa technicité !

Le Nouveau concept d’université de Raymond RIVET avait  été applaudi par la grande majorité du parlement et mis en œuvre !

Près de cinquante ans après, son souvenir est vif et il en parle encore la même conviction.

Je salue l’intelligence de l’homme,  sa loyauté mise au service d’une ambition : faire de l’université, le berceau d’excellence de la nation mauricienne.

 

L’héritage de Raymond RIVET

 

Raymond RIVET  lègue un triple héritage à ceux qui ont l’honneur de bâtir l’avenir du pays.

1-L’université. Elle existe. Mais  l’esprit du Nouveau concept d’université doit constituer le socle de réflexion de ses responsables pour que l’université demeure le tremplin de la croissance et de la réalisation de l’espérance sociale de la jeunesse, pour  une nation mauricienne souveraine, ouverte sur le monde  et prospère.

J’exhorte les élus politiques et universitaires à redécouvrir le plaidoyer de Raymond RIVET et sa méthode pour réinventer l’existence de l’université : être à l’écoute des besoins des acteurs économiques du territoire et des évolutions du monde, nourrir des ambitions de rayonnement de l’université, lieu de formation privilégié de la conscience des  jeunes. Un exemple : les nouvelles technologies, font partie de la vie du citoyen. Former et enseigner  avec  les outils numériques est indispensable. Il importe que tous les parcours  intègrent un volet numérique pour permettre aux étudiants et aux professionnels de s’adapter aux rapides mutations du monde.

Par l’élaboration de nouveaux  schémas de formations, ouverts à la zone Afrique, en lien avec la vie, l’université peut encore participer à un développement endogène harmonieux, limiter le chômage et éviter l’exode de la matière grise.

 

2– Le pays est souvent considéré comme un modèle réussi de la diversité culturelle.  Raymond  RIVET en a jeté les bases. Néanmoins, face aux menaces d’insécurité, l’université de Maurice pourrait proposer au monde des programmes de formations aux métiers de l’interculturalité pour éduquer à la paix et promouvoir une civilisation de la vie et de l’humanisme.

 

3– Raymond RIVET est un modèle d’homme politique.

Il est un témoin vivant de ce qu’attend le peuple de ses élus. Raymond RIVET,  a eu une démarche qu’il conviendrait de labelliser : établir  un constat, analyser la situation,  réfléchir à une réponse adaptée et élaborer un plan opérationnel pour créer un nouvel équilibre.

Telle est la vocation de tout homme public : servir la cité. Il pourrait bien inspirer plus d’un pour restaurer la confiance des citoyens et l’honneur de nombre d’élus. C’est mon vœu pour la classe politique de Maurice, en ce début d’année. La société civile a besoin de leaders positifs et forts pour  cultiver le « mauricianisme » auprès des jeunes,  leur offrir  par l’exemple, des raisons  d’être fiers de leur appartenance au pays,  de notre manière unique d’être au monde pour aller de l’avant sur la voie du progrès, dixit Raymond RIVET.

 

Dans un an, le Nouveau concept d’université de Raymond RIVET aura un demi-siècle ! Je suis, parmi tant d’autres, témoin de cette université, fondée sur les valeurs de croissance, de développement et de rayonnement du territoire.  Incontestablement, c’était un bon plan, pour l’université de Maurice !

De surcroit, j’ai eu l’honneur de bénéficier de sa collaboration durant mon ministère. Nous avons beaucoup travaillé ensemble à la Réforme de l’éducation. Car Raymond RIVET a été un brillant Recteur du collège Saint-Esprit à Quatre bornes. Au cours de mes récentes visites, j’ai été frappé par sa  foi en Maurice et en son Université, au service du développement économique et social du pays. A quatre-vingt-dix-ans, il demeure un vaillant patriote et force l’admiration.

 

J’exhorte les administrateurs et les élus concernés à une autocritique sans complaisance, à l’aune des valeurs et des enjeux de l’éducation pour notre pays, du choix des responsables, du fonctionnement du Conseil d’administration et  des querelles intestines qui nuisent à l’esprit de service à la nation.

Si l’université de Maurice  est en difficulté, « il est encore temps non de mettre l’université au rencart mais de meet half way »  pour restaurer la confiance et redonner à l’université sa vocation essentielle : former les fils et les filles de Maurice à l’excellence.

C’est mon souhait profond pour l’université, à l’aube d’une nouvelle année.

 

 Armoogum PARSURAMEN G.O.S.K.

President Convocation University of Mauritius

Ministre de l’Education ( 1983-1995)

 

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